Video 10 – Northern Territory

Le premier arrêt de notre aventure tropicale se situe à Mataranka à 1000 kilomètres au Nord d’Alice Springs. Mataranka est célèbre pour accueillir les premières « hot springs » de la route. Comme leur traduction le suggère il s’agit de sources d’eau chaude. L’eau y est totalement transparente et dépasse les 30 degrés. C’est au final un peu comme prendre un bain, entouré d’arbres tropicaux et de wallabies qui sautillent un peu partout. La région comprend aussi de nombreuses cascades. Le contraste des vues, des sensations entre ce que nous découvrons et ce que nous avons connu dans le désert est fascinant et l’on se rend compte que l’Australie a de nombreux visages à nous offrir. La plupart des cascades se situent dans des endroits reculés et il faut souvent emprunter des pistes pour les atteindre. Au milieu de la végétation tropicale, la satisfaction à leur vue et à celle du bassin naturel que forment les chutes est totale. Se baigner au milieu de nulle part, se laisser asperger par la chute d’eau, profiter, admirer.

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Cependant, comme dans tout jardin d’Eden, l’Enfer n’est jamais loin.

C’est évidemment à la nuit tombée que la horde des suppôts de Satan se manifeste. Grands admirateurs du conte Dracula et de Robert Patinson, ils partagent avec leurs idoles un goût prononcé pour l’hémoglobine (en revanche, je ne sais pas s’ils ont déjà été cocus). Climat tropical oblige, les moustiques sont présents en masse et sont extrêmement virulents. Du moins avec moi. Arthur semble en effet avoir développé une totale immunité à leur encontre, au même titre que les habitants de la région – Darwin a certainement joué un rôle dans cette histoire. Il se peut aussi que mon sang agisse comme une fontaine de jouvence sur les moustiques et que ces derniers aient propagé la bonne nouvelle au sein de leur communauté. La pulvérisation des plus puissants anti-moustiques sur ma peau ne change rien. Et pendant ce temps, Arthur se marre et m’appelle désormais « le paramoustique » ou « le bouton », suivant son humeur.

C’est donc en me grattant que nous arrivons à Darwin.

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Jusqu’à un an auparavant, les backpackers envahissaient les rues et les plages de la ville, sur lesquelles se déroulaient de véritables orgies tous les soirs de la semaine. Naturellement, les habitants de ces quartiers se sont plains et il est désormais interdit de camper dans son van, en ville et dans un rayon de 20 km autour de celle-ci. Cela pose bien évidemment problème lorsqu’on est de sortie le samedi soir. On est alors obligé de trouver une petite ruelle calme et lorsque l’on rentre au milieu de la nuit, croiser les doigts pour ne pas se faire chopper par la maréchaussée avant que l’on ne se réveille. C’est un peu le jeu du chat et de la souris. Au final on ne risque pas de se faire bouffer mais seulement de devoir s’acquitter d’une amende de 140 dollars chacun. A ce prix-là, autant prendre une piaule dans un Hilton. Cette possibilité étant plus qu’envisageable, il convient à Arthur et moi de nous mettre d’accord sur l’attitude à observer une fois l’amende reçue. J’imagine alors le dialogue que l’on pourrait avoir avec un représentant des forces de l’ordre venant nous cueillir au petit matin.

OFFICIER

Bonjour messieurs, vous savez que vous n’avez pas le droit de camper ici. 140 dollars chacun s’il vous plait.

LES TRASHMOUTHS

Nous le savons monsieur l’agent, mais nous sommes revenu légèrement éméché d’une soirée en ville. Nous ne pouvions pas conduire.

OFFICIER

140 dollars chacun.

LES TRASHMOUTHS

Monsieur, sans vouloir vous manquez de respect, nous avons jugé qu’il était plus responsable de ne point risquer nos vies et celles d’autrui, et donc de dormir sur place. Nous n’avons dérangé personne. Que vouliez-vous que nous fassions ?

OFFICIER

140. Chacun.

LES TRASHMOUTHS

Mais enfin, c’est une situation kafkaïenne monsieur l’agent ! Il n’y avait donc aucun échappatoire pour nous ? Comment pouvoir jouir de la vie sachant que la balance de la justice ne penchera jamais de notre côté ?!

OFFICIER

(moue indiquant un profond problème d’interprétation des mots qui viennent d’être prononcés)

Dollar chacun 140. Attendez, qu’est-ce que je viens de dire ?

LES TRASHMOUTHS

(profitant du blocage de monsieur l’agent)

Courons !!!!

OFFICIER

(en anglais dans le texte)

Freeze !

Un coup de feu. Une nuée d’oiseaux quittant précipitamment un arbre. L’écume, déposée par les vagues sur la plage de Darwin avant d’être absorbé par le sable doré. Pierre, tenant dans ces bras Arthur dont le souffle se raccourci.

ARTHUR (agonisant)

Pierre, promet moi de ne jamais payer la moindre amende…

Dans un dernier relent de vie, Arthur expulse par la bouche, telle la pieuvre propulsant son encre, un bon gros filet de sang sur le t-shirt blanc de Pierre.

PIERRE (regardant son t-shirt, écoeuré)

Bordel !

 

Afin d’avoir les moyens de régler la note et ainsi d’éviter une telle situation, réaliste convenons-en, Arthur et moi jugeons opportun de nous mettre à la recherche d’un nouvel emploi. Nous avons de plus un bon feeling avec cette ville et ne serions pas contre nous y sédentariser pour un ou deux mois. Après avoir fait le tour des agences d’intérim, la révélation nous passe devant les yeux. Comme ça, sur un vélo. Ou plutôt au dos d’un « pedicab », sorte de vélo taxi, sous la forme d’une inscription plutôt directe : « Riders Wanted ». A l’image des milliers d’américains bernés par l’oncle Sam et son célèbre « I Want You », nous nous précipitons au garage des pedicabs et nous engageons pour une semaine à enrouler du braquet. Le principe est simple, tu réserves tes shifts (jour de travail) à la semaine, tu payes la location du vélo et tout l’argent reçu lors des courses est gardé. La location atteint tout de même 200 dollars le samedi soir ce qui entraine une certaine pression quant aux résultats. Nous prenons le vélo à 18h et pouvons le garder jusqu’à 6h du matin (oui, cela donne 12h de pédalage). Je vous l’avoue d’entrée, Arthur et moi n’avons jamais tenu jusqu’à 6h. Si cette pratique est excellente pour rencontrer du monde et pratiquer son anglais, elle est aussi un moyen plutôt fiable d’évaluer le taux d’obésité d’une ville. Mes jambes endolories me signalent que celui de Darwin semble être légèrement supérieur à la moyenne. Je vous laisse imaginer l’effort que représente le pédalage avec trois australiens d’un quintal à l’arrière du vélo. Dieu merci notre « territoire » est relativement petit, nous contentant pour la plupart du temps de courses consistant à amener les gens d’un bar à l’autre ou de les ramener à leur hôtel. La majorité de ces établissements se situant dans trois rues adjacentes. Ce boulot amène aussi son lot de petites histoires, plus ou moins marrantes, la plupart de nos clients étant complètement pétés. Au choix, un mec qui fait le mariole à se tenir debout à l’arrière et s’éclate contre le bitume, des mecs agressifs qui ne te payent pas une course pourtant assez longue et t’obligent à prendre la tangente, une meuf qui te paye la course misérablement et tente de se rattraper en t’offrant un baiser alors qu’elle pue le gin ou encore l’obtention de tout un tas de surnoms – celui d’Arthur, « Patrick the Legend » circule encore dans les rue de Darwin, telle une légende urbaine. Une bière, une part de pizza ou une clope peuvent aussi accompagner le paiement. Arthur étant plus sportif que moi il s’en sort relativement mieux, ses bénéfices étant deux fois plus importants que les miens. En revanche la fatigue s’accumule rapidement au fil des jours. Notre vie, désormais nocturne, nous oblige à dormir le jour. Pas franchement évident lorsqu’il fait plus de 30 degrés et que le taux d’humidité dépasse allègrement les 50%. Cette fatigue cumulée commence à avoir un réel impact sur notre intégrité physique puisqu’après cinq nuits, Arthur et moi sommes complètement ruinés un genoux. Impossible de continuer à pédaler. Nous arrêtons donc l’expérience non sans certaines moqueries du manager – « Même les meufs tiennent plus longtemps ». Cimer mec.

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Cette débauche d’énergie nous ayant peut-être fait perdre la raison, Arthur et moi sommes pris d’une incontrôlable envie d’aider notre prochain, de nous rendre utile à la société, à la communauté. Nous offrons donc notre bénévolat au « Merepen Festival », petit festival de culture aborigène situé à quelques centaines de kilomètres de Darwin. Nous ne regretterons pas notre altruisme. Situé au cœur d’une communauté aborigène, le festival regroupe plusieurs d’entre elles venues se défier en basketball et au footy, exposer leur art et leur coutume, chanter et danser. Arthur et moi sommes affectés au terrain de footy où nous afficherons les scores et aiderons même à l’arbitrage – enfin on était juste derrière les poteaux à faire de grands gestes lorsqu’un but était marqué. On prend aussi le temps de déguster du serpent et de la tortue cuits façon aborigène, c’est à dire sous terre à l’aide de pierres chaudes, et le soir venu c’est barbecue avec les collègues, concert et danse aborigène. La scène inoubliable de se festival se déroulant à 1h du mat’, devant l’entrée d’une maison où un groupe de rock aborigène s’est installé à l’arrache dans une sorte de bœuf. Des dizaines de jeunes aborigènes réunis en plusieurs bandes observent les musiciens, vont danser, tour à tour, pour quelques secondes seulement, avant que leur courage ne s’estompe (oui, les jeunes abos sont comme tout le monde, un peu timides). Survient alors le clou de la soirée lorsque le groupe reprend « Wipe out » des Surfaris. Il faut savoir que ce standard du surf rock est un hymne underground des aborigènes qui se déchainent littéralement à son écoute. Pendant la reprise de 10 minutes que nous offre ce groupe, c’est un véritable battle de danse, un peu désorganisé qui s’offre à nous. Tour à tour, des filles (ouais les mecs ne dansent quasiment pas, ces tocards) sortent de leur cachette, oublient leurs inhibitions et s’abandonnent aux riffs de guitare. L’une d’elle, que je ne suis pas prêt d’oublier, semble défier les lois de la physique et de l’anatomie, se contorsionnant dans des positions hallucinantes à une vitesse irréelle. J’avoue sans mal que cette danse fait son petit effet sur la gente masculine (dont je fais partie, jusqu’à preuve du contraire) qui l’admire, comme hypnotisée – une hypnose somme toute ciblée sur une partie précise de son corps, qui semble bouger plus que les autres. Dans le jargon cette danse s’appelle « harlem shake » (la vraie, pas ce buzz dégueulasse qui nous a pourri l’année 2013) et cette fille est définitivement la meilleure représentante de cette danse que je n’avais jamais vu. Mais les plus excités à l’écoute de cette chanson sont définitivement les gamins qui sautent partout comme des fous. En même temps, à cet âge là, t’as pas besoin de t’enfiler une bouteille de whisky pour perdre ton inhibition, tu ne comprends même pas ce concept, et c’est bien beau. Je tiens cependant à vous rassurer, leurs danses ne m’ont pas fait le même effet que celle de la jeune demoiselle.

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Nous quittons le festival, fiers de nous. Fiers d’avoir pu aider, mais surtout fiers d’être sorti des sentiers battus touristiques et de s’être retrouvés dans ce petit festival au milieu de nulle part à découvrir cette culture si particulière qu’est celle des aborigènes. Mais Arthur et moi n’en avons pas fini avec le don de nous même puisque nous enchainons avec une semaine de « woofing » dans une galerie d’art aborigène, tenue par les très charmants Petunia et Alex, à Katherine. Le woofing, c’est assez simple, en échange d’un toit et des repas nous offrons quatre heures de travail par jour à nos hôtes. Une semaine encore une fois très enrichissante puisqu’en plus d’être une galerie d’art, leur commerce propose aussi une « expérience aborigène » en compagnie de Manual, aborigène qui nous a appris à peindre (pas un mince exploit quand on me voit dessiner), à allumer un feu sans briquet et à chasser le kangourou à la lance. En échange, Arthur et moi avons boosté leur visibilité sur le net et tourné un spot pour les promouvoir. Nous leur avons, nous aussi, fait découvrir un peu de notre culture en somme. Cet enchaînement de BA a manifestement boosté notre Karma puisque nous recevons un coup de fil de la DRH de « Nitmiluk Tours », un centre touristique situé au milieu du parc naturel du même nom. En effet, deux semaines auparavant, lors de notre recherche frénétique de boulot, Arthur a envoyé nos CV à tous les centres touristiques et hôtels dans un rayon de 600 kilomètres. La DRH s’appelle Felicity, est très sympa et nous invite à commencer le travail la semaine suivante. BINGO.

les trashmouths

LA VIDEO :

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