Video 6 – Road to Mildura

Comme vous avez pu le constater lors du dernier article, on prend du bon temps aux antipodes et peut-être êtes-vous en train de vous demander « mais c’est un an de vacances qu’ils sont en train de se taper?! »

 

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La suite de cet article pourrait vous rassurer.

La fin de la Great Ocean Road est l’occasion pour nous de faire un saut dans l’Etat du South Australia à seulement 100km de la fin de la Great Ocean Road. Nous devons y enregistrer notre van (immatriculé dans cet Etat) et nous acquitter à notre grand bonheur de nouveaux frais de « registration »… Nous découvrons au passage l’existence d’un décalage horaire de trente minutes entre les deux Etats. Oui, trente minutes. J’avoue que mon ignorance ne m’avait pas permis d’envisager l’existence de décalage par tranche de demi heure. Je propose donc que nous instaurions entre Paris et Strasbourg un décalage de 15 minutes, histoire de gagner en précision.

La ville de Mt Gambien dans laquelle a lieu notre obligation administrative n’a pas grand chose à offrir si ce n’est une paire de lacs séparés par seulement quelques centaines de mètres et pourtant si différents. Le premier est d’un bleu turquoise aveuglant sorti tout droit d’un cartoon, une couleur que les scientifiques eux même ne savent pas expliquer. Nous n’avons qu’une envie, y plonger, voir si la couleur n’est pas factice, si elle ne déteindra pas sur nos peaux. Malheureusement la baignade est interdite, preuve que l’on nous cache peut-être quelque chose. Son « frangin » en revanche est d’une teinte couleur caca d’oie bien dégueulasse. Baignade également interdite mais tout le monde s’en fout pour le coup.

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Ce petit détour effectué sans grande émotion, nous retournons dans le Victoria (nouveau voyage dans le temps), direction l’extrême Nord de l’Etat et la ville de Mildura. Le trajet est de 550 kilomètres (une broutille pour l’Australie) mais nous décidons de l’étirer sur quatre jours puisque celui-ci doit nous faire passer par quelques parcs nationaux. Le chemin qui nous mène au premier d’entre eux – le Grampians National Park – nous offre les premiers aperçus d’une Australie déserte dans laquelle vous pouvez faire presque une demi heure de voiture sur une nationale sans croiser personne.

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Nous aurions en revanche pu nous passer de notre deuxième découverte.

 

Nous avions pourtant été prévenu. Plus nuisible que tout ce que l’Australie compte comme faune mortelle, elles grignotent petit à petit nos nerfs, notre patience jusqu’à nous faire perdre le contrôle de nous-même. Sitôt le jour levé, elles apparaissent, discrètement, sans que nous n’y prêtions attention. Elles semblent nous repérer à des kilomètres à la ronde, tel un requin détectant une goute de sang diluée dans des kilomètres carrés d’eau. Une fois en groupe, elles ne nous laissent aucun répit et ne répondent à aucune logique (que comptent-elle trouver dans mon nez, sur mes yeux ?). Les menaces, les coups dans l’air, les cris ne les effraient pas.

Les mouches.

Deux solutions s’offrent alors à nous. S’acheter ce qui s’apparente à une « burka moustiquaire » et avoir l’air ridicule – surtout lorsque nous oublions leur présence et tentons d’avaler notre café comme je l’ai fait – ou tout simplement s’enfermer dans notre véhicule comme nous avons été contraint de le faire une fin d’après midi par presque 40 degrés. Il est alors fascinant d’observer à l’intérieur du van la formation de la sueur sur notre peau. Dans des conditions pareilles celle-ci apparait réellement à vue d’oeil. Lorsque le soleil se couche et que les mouches disparaissent pour retourner je ne sais où – en enfer certainement – nous pouvons enfin sortir et goûter aux plaisirs des piqures de moustiques qui les ont remplacées. De véritables caresses à côté du supplice chinois que représente une nuée de mouches. Une chose est sûr, je n’aurai plus aucune empathie pour le personnage du film de Cronenberg.

 

Bon le Grampians ne se résume bien sûr pas qu’aux mouches même si elles nous ont clairement pourri une partie de notre traversée. Comme l’arrière plan de la vidéo de bonne année peut en témoigner il y a des sacrés points de vue si l’on prend la peine de s’attaquer à l’un de ses nombreux sommets. Muni des nos chaussures les plus robustes nous nous attaquons donc à l’ascension du plus haut d’entre eux pour deux heures de marches – pas grand chose me direz-vous mais par 40 degrés à l’ombre deux heures en paraissent dix. Le bonne humeur est cependant de mise, les blagues fusent, les rires raisonnent en échos, le sentier est clairement dessiné, bref tout va bien (je laisse cependant Arthur ouvrir la marche, le milieu montagneux n’épargnant pas ma phobie du serpent). Petit à petit cependant le tracé est de moins en moins visible et je constate qu’Arthur se retourne régulièrement, le regard alerte. Je décide de briser le tabou : « On est paumé ? ». Apparemment non puisque qu’une canette accrochée à un arbres apparaît devant nous, preuve qu’un humain est passé par là. La nature se montre cependant de plus en plus dense, les arbres de plus en plus rapprochés nous obligent à nous contorsionner pour progresser. Je regarde ma montre, une heure de marche, il faut se rendre à l’évidence nous somme complètement perdu et je ne suis même pas sûr que nous puissions trouver le chemin de retour.

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Une branche craque au loin.

Je regarde Arthur, nous sommes en état d’alerte. Une deuxième branche. Quelqu’un ou quelque chose marche en notre direction. Je cherche du regard la moindre chose pouvant faire office d’arme et je ramasse finalement une branche d’arbre. Deux voix féminines se dégagent finalement de l’inquiétant silence rendant mon arme inutile. Quoique. Deux femmes seules en montagne, aucuns témoins à des kilomètres à la ronde… Les voix se rapproche, se matérialisant en silhouettes puis en formes distinctes facilement évaluables. Physiques décevant, je lâche la branche.

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Notre salut ne viendra décidément pas de cette apparition puisqu’elles sont autant paumés que nous. Elles nous apprennent également qu’une grande tempête a balayer la montagne un an auparavant bouleversant totalement le sentier menant au sommet. Rassurant. Nous partons alors à la recherche de ce dernier tous les quatre et après un nouveau quart d’heure de galères à se frayer un chemin dans une nature qui ne veut manifestement pas de nous nous atteignons enfin le somment. « Ce n’est pas le bon » nous font-elles remarquer. Encore mieux, peut-être qu’aucun être humain n’a posé le pied ici. Je bombe le torse et devant ce panorama commence à me prendre pour Armstrong (pas celui avec la trompette). Ce qui est con c’est que nous n’avons pas de drapeau, ça aurait eu de la gueule. Nos accompagnatrices nous quittent alors pour partir à l’attaque du « vrai » sommet. Elle ont bien senti le coup puisqu’à peine cinq minutes plus tard nous somme attaqués par une nuée d’abeilles dont notre présence ne plait manifestement pas. Bon assez d’émotions, retour au van.

 

Rien de remarquable lors du reste du trajet si ce n’est une belle cascade et une ville déserte, type farwest avec son hôtel abandonné et ses panneaux nous rappelant la nécessité de nous occuper des personnes du troisième âge. Il y a deux choses dont les australiens prennent grand soin, beaucoup plus que nous autres français en tout cas, au point que ça ai réellement retenu notre attention à Arthur et moi. Leurs animaux de compagnie et les personnes âgées. Je ne ferai bien sûr aucun rapprochement, je sais bien que votre cerveau l’a fait bien naturellement.

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Mildura. Cette ville est aux backpackers (routards) ce que la Californie est aux personnages des « Raisins de la colère », un El Dorado promettant travail, bonheur et prospérité. Les premiers jours ne font que confirmer la légende. Arrivés un samedi nous nous présentons le lundi matin à l’agence d’intérim du travail agricole qui nous attendait avec une belle offre d’emploi pour du « orange picking » à commencer dès le lendemain, 6h du matin. L’horaire pique un peu mais au moins on ne cuit pas à 6h (plus de 30 degrés dès 10h et 40 après midi). Nous nous présentons le lendemain matin pas peu fiers d’avoir trouver un boulot si rapidement.

Nous allons rapidement déchanter.

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John, notre supérieur nous annonce un tarif de 22 dollars la « bin » (une immense caisse) ce qui à vu d’oeil nous semble correct même si nous n’avons aucune idée du temps qu’il faut pour la remplir. Nous entamons notre allée d’arbre comme des fous, poussant des cris pour nous motiver « on s’en fait deux en une heure, yeahhh !!! ». Une heure plus tard la première bin n’est toujours pas rempli. Ce fut une période difficile durant laquelle nous sommes passés par de nombreuses remises en question. Nous avons essayé plusieurs techniques, tenté d’accorder au mieux nos forces mais rien n’y a fait, une heure et demi minimum pour une bin. Si Einstein avait fait une équation de la situation nul besoin de maitriser le concept de la relativité universelle pour en comprendre le résultat : nous étions pigeonnés. Cependant, nous dûmes supporter la situation pendant huit longs jours, notre compte en banque n’ayant que faire de nos souffrances et devant être sans cesse être nourri.

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Deux amis français rencontré sur place allaient finalement nous sortir de cet enfer en nous intégrant à leur équipe de « bacheurs de vignes ». La pratique est simple, poser un clou tous les mètres le long d’une vigne pour fixer la bâche préalablement posée en son sommet. Les bons jours nous arrivons à un taux horaire de 15 dollars l’heure mais il y a rarement plus de 5 ou 6 heures de travail par jour et nous sommes en plus en compétition avec un groupe d’italiens qui seraient prêt à tuer pères et mères pour faire une vigne de plus que nous. A part notre chef Malaysien qui nous fait marrer avec son accent et qui passe son temps à rire, l’ambiance n’est donc pas terrible et il sera difficile et long de mettre de l’argent de côté.

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Steinbeck avait raison, la Californie n’est qu’un mirage, une illusion, entretenu par son aveuglant soleil. D’année en année les backpackers comme nous sont de plus en plus nombreux, sans parler de la main d’oeuvre asiatique qui déferle après des années de protectionnisme de la part du gouvernement australien. Il y donc de moins en moins de travail et les fermiers payent le prix qu’ils veulent, souvent au rendement et non déclaré. Nous avons l’impression d’assister au crépuscule de ce qu’a du constituer notre expérience pour tous ceux qui nous ont précédé. Ca tombe bien, j’ai toujours préféré le crépuscule à l’aube, il révèle bien plus de la nature humaine, de ce dont nous somme réellement capable d’accomplir, de supporter. Après quatre jours de bâchage notre décision est prise, nous quittons Mildura pour l’ouest, la partie la moins peuplé d’Australie et donc moins sujette à la concurrence. L’ouest redevient symboliquement le point cardinal de tous les espoirs alors qu’il ne sera jamais que le théâtre du crépuscule. Mais nous sommes à l’autre bout du monde, de l’autre côté de la planète où tout est inversé parait-il. Le moment est venu de le vérifier.

 

LA VIDEO

 

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2 Responses to Video 6 – Road to Mildura

  1. les gars, vous êtes des super-mecs!très grands bravosssssss pour votre vidéo(6), j’ai l’impression d’avoir à faire avec de vrais pros (commentaires, montages prises de vues, humour…). Apparemment vous n’avez pas encore vu de serpents? Arthur, fait gaffe, en Australie il y a des crocos d’eau douce.
    Vous, vous pourrez dire que vous avez gagné de l’argent à la sueur de votre front.
    Continuez comme ça, c’est un vrai plaisir de vous lire et de vous voir.
    PS: attention aux vieux (super)
    Amicalement
    Michel

  2. Merci Arthur pour l’histoire de l’évolution de l’agriculture en Australie, au travers du petit cheval! J’ai beaucoup ri!
    Abitbol is watching you :-)! Continuez comme ça!

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