Video 7 – South Australia

Le mercredi 6 février au matin nous quittons Mildura. Sa silhouette rétrécie petit à petit dans le rétroviseur à l’image des espoirs que nous avions placé en elle.

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Le programme est simple, glander une semaine sur la côte (ouais on ne se refuse rien), faire un petit coucou à Emilie Desclos, compatriote vernonnaise et enfin rejoindre l’ouest du pays. Le tout avec un budget de 1000 dollars, ce qui est plutôt serré quand on sait que le trajet de 2500 kilomètres nous coutera entre 600 et 700 dollars rien qu’en essence. Rien d’étonnant donc à trouver dans notre garde manger uniquement des pâtes, du riz et quelques boites de conserve de haricots. A vrai dire nous sommes surtout heureux de retrouver la route et vivre comme des clodos ne nous dérange pas le moins du monde. Le seul vrai sacrifice se situant surtout au pub où nous ne pouvons nous permettre qu’une pinte au lieu des cinq que nous rêvons secrètement d’engloutir.

La première étape bien toutou se situe à Hahndorf, « ville musée », hommage aux colons germaniques débarqués il y a plus de 200 ans sur cet immense ilot. En vérité c’est bien moche et ça pue la superficialité. Rien de réellement authentique dans cette ville qui manque en plus cruellement d’humour. Je me dis que s’ils avaient poussé le délire jusqu’au bout et déguisé les employés municipaux avec des costumes bavarois je me serais au moins marré. Les ricains l’auraient sûrement fait. La seule émotion de ma visite se situe – comme souvent – au bar ou un ancien joueur de hockey professionnel m’apprend que je ressemble à John Lennon avec ma barbe et mes lunettes de soleil. Sympa, même si j’espère juste ne pas connaitre la même fin.

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Nous retrouvons enfin, après un mois d’absence, les plages australiennes qui nous réservent un bien joli défi. La plage de Port Elliot se situe aux abords d’une baie au centre de laquelle se trouve un petit radeau fixe, à 30 bons mètres du rivage. D’après ce que je constate il sert surtout aux jeunes mâles australiens à impressionner leurs gonzesses qui les admirent parcourir bravement, à contre courant, les 30 mètres à la nage. Je me dis que c’est le moment idoine pour attaquer toutes ces jeunes femmes délaissées par leurs Narcisse mais Arthur et moi avons d’abord un problème à régler avec notre phobie des requins. Nous allons nous aussi rejoindre ce radeau à la nage. A peine le temps de rentrer dans l’eau qu’Arthur est déjà loin, me laissant sur place avec ma frilosité. Je reste tétanisé, incapable d’avancer, chaque mouvement sous l’eau me parait suspect. Je me passe en boucle la scène d’ouverture des « Dents de la mer » quand cette jeune inconsciente tente de rejoindre une bouée, un peu comme nous tentons de rejoindre le radeau. J’aurais aimé qu’Arthur m’attende, non pas que ses encouragements m’auraient aidé, mais sa présence à mes côté divisait naturellement par deux les chances que je me fasse attaquer. Finalement, et alors que j’ai l’impression que toute la plage ri de ma lâcheté, je m’élance sans réfléchir, sans me retourner, jamais. Grand moment d’angoisse dont l’apogée est l’arrivée au radeau, lorsque l’on s’appuie dessus pour se hisser et que nos jambes restent pendantes dans l’eau. Après avoir repris notre souffle (ma condition physique me semble bien en deçà de ce que j’imaginais) il faut maintenant affronter le retour. Je m’en serais personnellement bien passé mais manque de bol on ne peut pas vraiment y couper. Ce dernier ressemble à une course, aucun de nous deux ne souhaitant occuper la place du mort. Dans les documentaires animaliers, c’est toujours le dernier à l’arrière du groupe qui finit dans l’estomac d’un quelconque prédateur et c’est une leçon qu’Arthur et moi avons manifestement bien intégrée. Arrivés sur la plage force est de constater que la peur est toujours là mais en l’espace d’un quart d’heure nous l’avons bravée. Sur cet immense acte de bravoure il est temps de bouger, direction Victor Harbor.

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Victor Harbor est l’un des plus beaux endroits qu’il m’ait été donné de voir. Postés sur les hauteurs aux abords de la ville nous admirons son couché de soleil, tel un orgasme de lumière que notre étoile vient déposer dans son dernier souffle au centre de la baie qui le retient prisonnier et nous l’offre en spectacle. La petite station balnéaire possède sa presqu’ile, Granite Island, sur laquelle nous pouvons admirer un défilé de pingouin tous les soirs, parait-il. Nous ne verrons aucun pingouin se soir là, nous verrons mieux. Alors que je longe le rivage à la recherche des petits oiseaux, un bruit étrange me parvient de la mer, tout proche, comme un souffle gorgé d’eau. Non je ne rêve pas, c’est Flipper. Enfin Flipper, sa meuf, ses enfants, ses parents et ses cousins. En tout il doit y avoir une dizaine de dauphins traversant la baie, nous offrant à l’occasion un petit saut, comme ça, pour le plaisir. Et presque pour nous seuls car à part un vieux couple nous sommes les seuls à profiter du spectacle. Cadeau. Une otarie vient compléter le tableau avec ce qui ressemble fort à un défilé improvisé qu’elle maitrise parfaitement, y compris le salut final, queue hors de l’eau.

Passée cette bien belle rencontre nous décidons, afin de nous donner bonne conscience, de prospecter les hôtels et restaurants de la station. On ne sait jamais et vu ce que nous a offert Victor Harbour jusque là on a envi d’y voir un signe. Nos recherches dans un premier temps ne sont qu’un enchainement d’échecs. En même temps chercher un boulot ici alors que les grandes vacances viennent de prendre fin c’est comme chercher un emploi saisonnier à Trouville en septembre, c’est complètement con. Allez, on tente tout de même un dernier hôtel. Le serveur nous renvoie vers le patron de l’établissement qui sirote tranquillement son demi accoudé au bar, « l’australian way of life » en somme. Il nous confirme la tendance, nous arrivons trop tard, la station étant tranquillement en train de s’endormir, pour bientôt entrer en hibernation. Juste avant de quitter les lieux une petite question, comme ça, toute innocente, « Et vous ne sauriez pas, par hasard, où nous pourrions trouver un boulot ? ». Le type réfléchit cinq secondes puis prend un bout de papier et note un numéro de téléphone. «Tenez, voici le numéro de mon beau-frère, il tient une entreprise de vendange viticole, appelez-le, on ne sait jamais». Nous ne le savions pas encore mais ce bout de papier allait certainement changer beaucoup de choses pour le reste de notre année. Tout va ensuite très vite, comme d’habitude dans ce pays. Nous appelons le beau-frère le lendemain, rendez-vous le surlendemain, premier jour de travail deux jours plus tard. Finalement l’ouest attendra un peu.

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A l’heure où j’écris ces lignes, Arthur et moi sommes toujours des employés de « First Pick Viticulture », notre nouveau job en Australie. Deux mois donc de coupure dans notre périple mais deux mois vitaux. Je ne rentrerai pas dans les détails de mon compte en banque, je ne suis pas exhibitionniste à ce point, mais sachez que nous n’avons jamais été aussi riches que nous ne le sommes à l’heure actuelle. Nos adorables patrons nous laissent en plus squatter « l’office » de la société et y utiliser la douche, la cuisine et internet. Nous n’avons donc aucun loyer à payer et nous nous retrouvons avec un confort bien au dessus de ce que nous avions connu depuis notre départ de Melbourne. Notre richesse s’est en plus construite derrière le volant d’un tracteur, niveau pénibilité du travail on a connu pire. Je claque au passage une dédicace à l’enfant que j’étais qui a très certainement dû, à un moment ou un autre, rêvé de conduire un engin pareil. Derrière mon volant il m’arrive de repenser à l’orange picking et à la perversité du salaire au rendement et je me dis que chez un Dante des temps modernes, cette pratique aurait une place de choix parmi les cercles de l’Enfer. D’ailleurs petite blague, notre « contremaitre » du bâchage de vigne (vous savez le malaysien) harcèle notre ancien collègue car plusieurs des bâches que nous avions (mal) posées se sont envolées. Il pose donc maintenant cette question, « who’s gonna pay ? » Toi, et à l’heure la prochaine fois si tu ne veux pas voir ton travail salopé. Fin de la parenthèse syndicaliste.

 

Au milieu de nos semaines chargées (entre 50 et 70 heures de travail) nous trouvons tout de même le temps pour quelques excursions dont notre mémorable visite dans un zoo un peu particulier qui nous permet de nourrir des kangourous, de caresser des koalas et de tenir un serpent. Le moment fort de la visite étant bien sûr le serpent et mon combat homérique contre ma phobie. Alors que je prends en photo le serpent sur son arbre, mes bonnes résolutions s’évaporent petit à petit en même temps qu’une certaine partie de mon corps, symbole masculin du courage que la bienséance m’empêche de citer ici. Le maître de l’animal qui doit très certainement se nourrir de la peur d’autrui aperçoit la mienne et me propose d’ouvrir les festivités. Le salaud. Arthur a déjà dégainé la caméra, les autres visiteurs me regardent et attendent leur tour, bien contents que quelqu’un se sacrifie pour l’ouverture. Je suis fais comme un rat. Mon ego ne supporterait pas la fuite, je n’ai donc plus le choix. L’animal est froid mais n’a rien de visqueux ou de caoutchouteux comme on peut parfois le penser. Il ne dégage aucune peur, aucune agressivité. J’ai l’impression d’avoir un animal de compagnie complètement docile dans les bras. Il explore, tranquillement. Bon, au moment de vouloir prononcer mes premiers mots à la caméra, ces derniers restent mystérieusement bloqués au milieu de ma gorge, preuve que je ne suis pas non plus le mec le plus rassuré du monde. Surtout quand le serpent commence à descendre le long de mon dos après être passé par dessus mon épaule, certainement pour voir s’il est assez long pour m’avaler. En passant le témoin à Arthur je constate sur son visage que la peur du serpent est décidément universelle. Cette expérience est cela dit extrêmement positive, la sensation fut agréable et la phobie maitrisée. Peut-être ma peur s’est-elle envolée ? C’est ce qu’il me semble en tout cas la semaine suivante alors que je me balade sans crainte dans les vignes où il est pourtant fréquent, d’après nos collègues, de tomber sur des serpents. Cette décontraction est pour moi inédite.

 

Dans la mythologie grecque « l’hubris » désigne le péché d’orgueil du simple mortel se croyant au dessus de ce que les Dieux lui ont accordé. Cet affront est aussitôt puni par l’envoi de Némésis, déesse de la juste colère des Dieux. Une semaine après le porté de serpent et alors que nous rentrions d’une petite balade à Adélaïde je me trouve, à la sortie du virage de l’angle de notre maison, nez à nez avec un magnifique spécimen. Je crois bien que tout mon système nerveux s’est figé pendant un très court instant avant de recevoir un coup d’électrochoc, me propulsant deux bons mètres en arrière en hurlant « bordel de merde ! ». Après deux secondes durant lesquelles mon rythme cardiaque égalait celui d’un marathonien lors du sprint final je remarquais un nombre important de mouches tournant autour de l’animal. Ok, il est mort. Une collègue, Némésis donc, avait eu la bonne idée de le déposer devant notre porte pour « satisfaire notre curiosité » entrainant finalement presque ma mort par « arrêt cardiaque ». Le message est en tout cas passé, j’ai toujours extrêmement peur des serpents et devrai manifestement vivre avec pour le reste de mes jours. Ainsi les Dieux en ont-ils décidé.

Voilà. J’ai essayé de dramatiser au maximum les quelques péripéties que nous avons connu depuis deux mois invoquant Dante, Flipper et les grecques mais j’arrive désormais à bout. Loin de la route, nous ne vivons pas autant d’aventures et le costume de l’ouvrier australien commence à nous lasser après nous avoir emballé les premières semaines. Ne nous plaignons pas toutefois, nos collègues et patrons ont toujours été extrêmement gentils avec nous, il y a une excellente ambiance et beaucoup de travail. La route nous manque, tout simplement. Notre départ est donc désormais prévu le 12 avril pour de nouvelles aventures avec l’ouest dans le viseur. Toujours l’ouest…

 

P.S : Peut-être avez-vous remarqué que pour la première fois cet article ne comportait aucune faute d’orthographe. Ce n’est pas un miracle mais Emilie Desclos qui s’est proposée pour être notre première lectrice et surtout première correctrice. Je l’avoue sans mal, l’orthographe est chez moi un mal profond et je le crains incurable. S’il reste des fautes, vous savez dorénavant qui pourrir.

 

 

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One Response to Video 7 – South Australia

  1. Vos vidéo sont juste énorme j’adore l’humour décalé et vos aventures. Je pars seule en novembre j’espère trouver un(e) coéquipier(e) de voyage aussi cool pour partager l’aventure de l’Australie (et pour me soutenir lors de la croisée des araignées que je déteste par dessus tout) .

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