Video 8 – On the Road Again

A Nous la Victoire

IMG_2550

Dans un voyage comme le notre il y a des étapes obligatoires. Si nous étions aux Etats-Unis nous irions naturellement voir un match de NBA. En Australie c’est la AFL, ligue nationale de footy – ou football comme ils l’appellent, soccer étant le nom local de notre football. Jason, collègue et fervent supporter des Powers de Port Adélaïde nous propose de l’accompagner pour le prochain match à domicile. Le footy est parait-il assez proche du football gaélique mais étant donné que tout comme moi vous ne connaissez rien à ce sport qui semble être le sport officiel des druides et des elfes, le choix du rugby me semble plus judicieux comme comparaison. Prenez donc le rugby, sans « en avant », sans « hors jeu » et avec un jeu plus centré sur le jeu au pied. Lorsqu’un joueur parvient à réceptionner une longue passe au pied, il gagne automatiquement un périmètre de sécurité dans lequel aucun adversaire ne peut l’attaquer. Le but étant de balancer un drop entre deux poteaux, rien d’autre. Les buts sont constitués de quatre poteaux, si le ballon passe entre les deux du milieu c’est six points, entre deux extérieurs c’est un seul point. D’après ce que j’ai compris, il n’y a pas beaucoup plus de règles et carrément pas d’exclusion, seule la menace de six semaines de suspension en cas de coup de poing. Les joueurs se balancent donc toute autre sorte de coups, se provoquent, se poussent. Les contacts aériens pour se disputer le ballon font franchement peur et je suis presque sûr que la moitié d’entre eux m’enverrait dans le coma. Les joueurs sont des baraques, moulés dans un débardeur et un short plutôt court ce qui explique la présence de nombreuses femmes dans l’assistance. Par contre je me demande quels sont les effets à long terme d’une telle vue sur les nombreux fanatiques masculins de ce sport. Je demanderai à Freud à l’occasion. Une solution peut-être pour rallumer la flamme (si tenté qu’elle ait un jour existé) entre la gente féminine et le ballon rond ? A étudier. Quoi qu’il en soit l’ambiance dans le stade bat son plein, la bière coule à flot – contrairement à la France l’alcool est autorisé dans les stades – et après plus de deux heures de match les Powers l’emporte tranquillement 134 à 78. GO POWERS !

Into the Wild

P1010502

Après Jason et le stade des Powers c’est Bill, un de nos deux patrons, qui décide de nous emmener dans son royaume. Il nous impose un jour de repos en semaine pour nous emmener dans un cabanon qu’il possède dans la parc naturel « The Coorong ». Sympa comme boss. Comme il n’aime pas faire les choses à moitié, il emmène avec nous deux kayaks qu’il nous réserve, une superbe pièce de bœuf et deux des meilleurs bouteilles de pinard de sa production. Pendant les vingt-quatre heures passées sur place nous n’allons croiser personne, absolument personne. Son cabanon, sans eau courante ni électricité est en pleine nature. Le « Coorong » est un bras d’eau douce qui isole une bande de dunes d’un peu plus d’un kilomètre de large en bord de mer. Après avoir donc traversé en pagayant le bras d’eau que survolent des bandes de pélicans nous nous retrouvons en plein désert, pour un kilomètre. La beauté de l’endroit est saisissante, le contraste entre ces deux paysages irréaliste. Le désert débouche finalement sur une plage et l’on a beau regarder à l’ouest comme à l’est, pas âmes qui vivent à l’horizon. Ici, les problèmes n’existent pas, il n’y a que la nature et la paix qu’elle dégage. On a envie d’y rester, pour une durée indéterminée, pour toujours. Allez on s’en fout, on lâche tout. Cet idéal d’existence ne résiste malheureusement pas longtemps à la réalité et déjà nous devons rentrer avant que la nuit ne tombe. Dans un adieu déchirant, le « Coorong » nous offre alors un dernier cadeau, son coucher de soleil. Les dégradés de bleus, de violets et de roses du ciel se reflètent sur l’eau dont la surface, lisse tel un miroir, n’est brisée que par nos deux kayaks. Cette vision me plonge soudain dans une grande naïveté, ou plutôt une grande candeur. Je suis sûr, à ce moment précis, que si tous les êtres humains voyaient ce que nous étions en train de contempler, il n’y aurait plus de guerres. En ce qui me concerne je sais que jamais je n’oublierai ce paysage.

 

Thanks Mates !

IMG_0824

Après deux mois passés à First Pick Viticulture, nous nous apprêtons à reprendre la route. Excités bien sûr à l’idée de retrouver la liberté inégalable qu’offre la vie sur le macadam mais aussi, il faut bien l’admettre, remplis d’une émotion que je pourrais qualifier de nostalgique. Deux mois c’est largement suffisant pour créer des liens, surtout quand on a été traité avec l’attention qui nous a été porté et qui va au-delà de la simple relation professionnelle. Pour illustrer mon propos sachez qu’un de nos deux patrons, pour notre dernier diner, nous a convié à celui des 6 ans de sa fille, avec la famille, les sushis faits maison et des bouteilles de vins de grandes qualités. Je ne sais pas combien de boss feraient une chose pareille. Le votre peut-être ? Ce même soir, après un passage au pub du village nous finirons dans le garage de l’un de nos supérieurs à 2h du matin à déguster de la bière faite maison (excellente). Une autre collègue nous a carrément offert une planche de surf dont il ne se servait plus, en plus de nous divulguer de nombreux et précieux conseils pour le reste de notre périple. Donc une fois de plus, thanks mates !

 

On the Road Again

P1010543

Sur les conseils de Chris (notre collègue à la planche de surf), nous avons décidé de changer notre itinéraire. Alors que nous avions prévu originellement de rejoindre l’ouest (sa symbolique de l’espoir, du renouveau, de la richesse, exceptera exceptera)  nous allons finalement faire cap vers le Nord. Nous avions légèrement sous-estimé la taille du pays et nous sommes rendu compte que faire le tour complet en un an est un pari extrêmement risqué et couteux. Couteux en essence et risqué parce que le temps manquant, nous serions tenté de faire les choses vite, trop vite et de ne pas profiter totalement du voyage. Nous nous gardons donc la moitié ouest pour une autre visite. Et puis la traversé du bush, ce doit être une sacré expérience (et assez risqué si l’on en croit la quantité de conseils et d’avertissements que l’on reçoit sitôt nos nouveaux plans dévoilés).

En attendant il nous reste une dernière étape sur la côte sud, la « Eyre Peninsula » avec à son extrémité Port Lincoln, capitale du thon et du grand requin blanc.

Il y a deux endroits sur Terre qui offrent légalement la possibilité au grand public de plonger en cage avec le grand requin blanc, une ville dont j’ignore le nom en Afrique du Sud et Port Lincoln. Il y a cependant deux risques majeurs qu’il va falloir étudier, évaluer. Le premier est d’ordre financier puisque cette petite excursion coûte un certain prix et la compagnie qui les organise ne garantit pas de voir les squales et n’offre qu’un bon de 50% de réduction pour une prochaine sortie en cas de loupé… L’autre risque est en réalité un débat d’ordre moral. Pour attirer les requins les compagnies sont obligées d’utiliser des appâts et donc indirectement de nourrir les squales. Ces derniers d’après des études scientifiques commencent à associer tout bateau croisé avec de la nourriture gratis. Frustrés, ils peuvent alors devenir agressifs. De manière général le requin peut, à terme, associer l’être humain avec un distributeur de viande et ça, ça n’est pas vraiment bon. Double débat donc dans nos esprit. Allez, on va penser à autre chose, allons nager avec les thons !

 

Les thons

DCIM100GOPRO

Sortie organisée par la même compagnie que les requins – ils ont chopé le filon les salauds – elle a l’avantage d’être beaucoup moins cher et promet beaucoup de « fun ». Après 15mn de croisière pépère nous voilà arrivé à « l’enclos à thons » qui me fait penser au laboratoire en haute mer de « Peur Bleue » (pour les cinéphiles). Arthur est tout excité, tellement qu’il me donne l’impression d’être dans l’émission « Rêve d’Enfants », vous savez cette émission exhibitionniste qui filme des enfants malades nager avec des dauphins et rencontrer Lara Fabian (ou Garou, au choix). C’est sûr que les gamins n’avaient pas pensé à inscrire la nage avec les thons sur leur liste de rêve. Ils avaient bien tort car comme le rappelle ce vieil adage, « les thons quand il y en a un ça va, c’est quand il y en a plusieurs que ça devient impressionnant ». Certains dépassent le mètre de long, ils pèsent entre 40 et 60 kg et font des pointes à prêt de 80 km/h. Alors que nous sommes dans l’eau, entourés par des dizaines de ces créatures, un mec du « crew » balance des bouts de poisson mort à l’eau histoire de nourrir et d’exciter le thon (c’est connu le poisson mort excite le thon). Nous assistons sous l’eau à un véritable ballet aquatique, les thons attrapant avec une extrême agilité les bouts de poisson à des vitesses folles, le tout juste devant nos visages. Bien sûr il peut y avoir des loupés et sur la fin de la plongée, alors qu’il devait être un peu claqué, un thon a asséné un violent coup de tête à Arthur. Mais comme je le lui ai rappelé « ce sont des choses qui arrivent… »

 

Les requins

P1010809

En plus du fun procuré, cette sortie avec les thons nous a convaincu pour les requins et à peine le pied à terre nous réservons notre excursion en cage. Nous apprenons que la sortie a été un succès tous les jours depuis trois semaines avec au moins deux requins rencontrés à chaque fois. Le risque financier est donc à priori écarté. Quant au débat d’ordre moral, euh… Bref, comme on se le répète, passer à Port Lincoln, en avoir les moyens et ne pas plonger avec les requins, c’est un peu con. Le trajet dure cette fois-ci trois heures, la plongée ayant lieu sur une ile au large connue pour abriter une grande colonie de lion de mer, nourriture favorite des grands blancs. La croisière n’aura cette fois rien de pépère puisque le vent crée de sacrés creux qui font tanguer le bateau assez violemment. Nous passons les trois heures à rester concentrer afin d’éloigner le mal de mer. Certains ont déjà abdiqué et redécouvre leur petit déjeuner dans un beau sac plastique souvenir. Mine de rien la pression commence à monter, d’autant qu’Arthur et moi nous sommes inscrits sur la première plongée, position que tout le monde semble éviter – les lâches. Avant même que nous ne descendions deux requins apparaissent, leur immense silhouette tournant autour du bateau. Le capitaine affirme que l’un d’entre eux dépasse les cinq mètres et fait donc trois fois ma taille (je ne suis pas bien grand mais quand même). C’est donc avec une certaine fébrilité que j’enfile ma combinaison et me dirige vers la cage sous le regard curieux des autres passagers. La cage. C’est marrant quand on y pense, afin d’observer le grand requin blanc l’être humain a été obligé d’abdiquer et d’inverser les rôles. C’est lui désormais qui est en cage. Carcharodon carcharias 1 – Homo sapiens 0. Dernière vérification sur la GoPro (notre caméra aquatique) et c’est parti, on s’immerge. Les premières minutes sont angoissantes puisqu’il ne se passe rien. Le bruit de ma respiration, mes bulles, celle de mes quatre co-détenus, c’est tout. L’impatience commence à se faire sentir et nous cherchons tous frénétiquement du regard l’apparition d’un squale, regardant à droite, à gauche, en bas, au rythme des stimuli sonores perçus. Après six minutes et un peu de découragement mon voisin me tape l’épaule et m’invite à regarder sur ma gauche – c’est du moins ce que je comprends, la communication sous l’eau n’étant pas chose aisée. Si cette scène devait faire parti d’un film, le réalisateur se contenterait de me filmer en gros plan, laissant ainsi l’ombre du requin apparaitre et bientôt masquer toute la lumière perçue par mon visage, obligeant ainsi le spectateur à imaginer la taille de cette créature inquiétante. Alors le réalisateur montrerait le requin et l’inquiétude deviendrait émerveillement, parce qu’il n’y a pas d’autre émotion possible à la vue d’une telle chose. Malgré son immense taille qui donne l’impression d’être en face d’un dinosaure, le requin dégage une totale quiétude, aucune agressivité n’émane de lui, il ne fait que progresser, paisiblement. Son image de mangeur d’homme acharné s’effondre devant nos yeux ébahis. Bien sûr une fois l’appât jeté à l’eau le requin perd un peu de son calme. Il faut dire que les mecs de l’équipe savent s’y prendre pour l’attirer gueule ouverte contre la cage. Mais même cette dernière ouverte à trente centimètres de mon visage il ne m’inspire aucune peur, juste une profonde admiration. J’ai envi de le comprendre, de lui parler, d’être son pote. C’est donc en plein délire et après 40 minutes d’extase que je remonte à la surface. Au final je ne sais pas si de telles expéditions peuvent être nuisibles à long terme sur le comportement du requin mais je suis sûr qu’elles peuvent être très bénéfique sur le notre, notre vision de ce dernier en étant bouleversé.

 

Le surf pour les nuls

DCIM100GOPRO

Nous allons en tout cas pouvoir tester notre nouvelle vision puisque la région offre plusieurs très bons spots de surf. On localise une bonne plage, on fout les combi’, on prend la GoPro, on bombe le torse et c’est parti pour inaugurer notre nouvelle planche. Le problème c’est qu’il n’y a absolument personne sur la plage et que c’est un peu flippant. Le problème c’est que j’ai passé la matinée à monter les images de notre plongée avec les requins et que par conséquent elles pullulent dans ma tête. Bref et parce qu’il n’y a pas d’autre mot, on se chie dessus. Sitôt que nous n’avons plus pied c’est la panique totale. Nous avons beau nous rappeler les faits, les statistiques, notre nouvelle vision du requin, rien n’y fait. J’en conclus que le requin ne serait que la fixation concrète d’une peur bien plus absolue (celle du vide, de l’inconnu, du néant ?). Les bonnes vagues nous sont donc inaccessibles car assez éloignés du rivage et l’on doit se contenter de petites vagues sur lesquelles on ne fait pas de merveilles. Peut-être que le surf n’est tout simplement pas notre truc. Comme on est sympa et qu’on adore l’auto-dérision on vous prépare un petit montage pour bientôt.

C’est donc sur ce léger sentiment d’échec que nous quittons définitivement la côte sud. Nous nous apprêtons à traverser « l’outback » australien pour rejoindre Darwin, soit presque 3000 kilomètres de désert. Si dans deux mois nous n’avons toujours pas posté d’article soyez sympa, prévenez les secours…

 

Tags: , , , , , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce blog utilise CommentLuv