Video 9 – Road to the North

Nos exploits de surfers immortalisés, nous nous attaquons maintenant à la fameuse Stuart Highway qui n’est autre que le seul axe routier reliant le sud et le nord de l’Australie par le centre, passant de ce fait tout proche de l’Uluru (vous savez, ce gros rocher rouge). La distance entre Port Augusta, son point de départ et Darwin, son extrémité nord, est de plus de 3000 kilomètres ce qui en fait la plus longue autoroute du monde. Tous les australiens à qui nous parlons de notre périple nous évoquent Wolf Creek, un film d’horreur basé sur un fait divers (des backpackers enlevés, torturés et tués, youpi). Ils prennent un malin plaisir à nous effrayer avec des histoires de disparitions, nous conseillent de prendre une grande réserve d’eau, de nourriture et d’essence, sous peine de connaitre les pires ennuis. A les entendre la traversée du désert équivaut à escalader l’Everest. Nous tâchons donc de nous préparer au mieux pour le grand départ à Port Augusta, petite ville de 20 000 habitants, véritable point de croisement du sud Australien – les longues autoroutes vers l’est, l’ouest et le nord partent de cette ville.

C’est ici que va se produire la rencontre la plus improbable de notre séjour.

Alors que nous revenons de nos dernières et vitales emplettes et nous dirigeons vers notre van, deux filles sautent au coup d’Arthur, manifestant une certaine excitation. D’abord surpris, puis j’imagine s’imaginant les pire salaceries, Arthur apprend que ces deux créatures ne sont autres que de précédentes et heureuses propriétaires de la Trashmobile – les avants dernières pour être précis. Dans un pays grand comme l’Europe, une rencontre de la sorte traduit un hasard presque inquiétant, comme programmé. Nous apprenons que la Trashmobile est bien une femelle et fut baptisée à l’époque « Big Sexy Mama », qu’elle a déjà tourné dans un film expérimental suivant un homme kangourou dans un univers onirique et que nos vendeurs ont fait une sacrée plus value sur notre dos. Les filles n’osent même pas nous donner le prix auquel elles leur ont vendu le van, de peur de nous déprimer. Fleur et ??? (puisque c’est leurs prénoms) se rendent dans un festival « alternatif » près d’Alice Springs qui débute 3 jours plus tard, le meilleur festival australien d’après elles. Cela fait tout de même 1500 kilomètres à s’enfiler en trois jours auxquels s’ajoute un détour de plusieurs centaines de bornes puisque nous n’aurons pas le temps de nous arrêter à l’Uluru et devrons donc faire marche arrière, le festival se trouvant au delà du gros caillou. Cette rencontre reste cependant un véritable signe du ciel à nos yeux et nous n’hésitons finalement pas longtemps. Les Trashmouths iront au Wide Open Space Festival !

En attendant il faut bien le traverser ce désert. Après 700 kilomètres de route, la première ville s’offre enfin à nous. Coober Pedy est unique en son genre. Il y fait tellement chaud que beaucoup de maisons sont troglodytes, histoire de trouver un peu de fraicheur sous terre – comme les Hobbits ! Coober Pedy a aussi la particularité d’avoir accueilli le tournage de Mad Max 3. En découvrant la ville on comprend le choix des producteurs tant la ville semble être un décor de western post-apocalyptique. Cette dernière parait figée dans le temps, seuls les cadavres de voitures rouillées s’entassent un peu partout, telle l’acné sur le visage d’un adolescent. Le soleil semble avoir tout brulé ne laissant pas la moindre trace de végétation. L’ocre pâle domine largement le tableau, lui donnant une teinte disons… légèrement déprimante et inquiétante. En tentant de m’endormir je réalise tout le potentiel cinématographique de cette ville qui, en plus d’avoir accueilli Mad Max, serait une belle terre d’exil pour les mutants de « La Colline a des Yeux ». Nous sommes alors seuls, sur une aire d’autoroute aux abords de la ville. Bonne nuit…

La traversée du désert est une aventure surprenante et loin d’être aussi périlleuse qu’annoncé. Des stations d’essences où se ravitailler sortent de nulle part tous les 150 kilomètres environ. Malgré l’uniformité des décors traversés sur 1500 kilomètres on ne se lasse pas, tant le dépaysement est total. Plus on approche du centre de l’Australie, plus la couleur du sol tend vers le rouge, celui de la terre battue des terrains de tennis fraichement arrosés. Un peu de Tame Impala dans les oreilles – rock psychédélique australien – et l’on se prend même à planer à la vue de cette immensité rougeoyante, l’outback s’avérant être une terre de rêverie insoupçonnée. Seule une mer de sel, sortie de nulle part, vient rompre l’imperturbable tableau. La végétation, contrairement à ce que l’on pourrait s’imaginer, reste importante. J’imagine qu’elle a dû développer un impressionnant réseau de racines afin de puiser son eau vitale dans les profondeurs de la terre. De temps à autre apparait une boule de branchage desséchée, balayée par les vents, traversant la route, nous plongeant un instant dans la symbolique du Far West américain.

Après deux jours sans la moindre trace de civilisation se dresse enfin Alice Springs, telle une oasis. Ville la plus isolée d’Australie, elle se situe à l’exact centre du pays, on ne peut donc pas se trouver plus loin de la côte. La planche de surf solidement accrochée sur le toi du van offre alors un joli contraste avec notre environnement. Alice Springs est entourée de petites montagnes qui la protègent des vents chauds du désert et lui confère l’aspect d’une citadelle du désert. Citadelle dans laquelle nous ne nous attarderons pas, puisque le festival doit commencer le jour même.

Le Wide Open Space Festival se situe à 80 kilomètres à l’est d’Alice Spring dans une petite vallée isolée à la végétation luxuriante, abreuvée par la rivière ???. Des plus modestes par sa taille, il tente de reconstituer un esprit de communauté, la grande majorité des festivaliers appartenant à la mouvance hippy. A ces derniers se mêlent des aborigènes venus présenter leur art ainsi que quelques familles. Il est d’ailleurs amusant de voir courir et jouer innocemment des enfants au milieu des volutes de marijuana qui saturent petit à petit l’air du festival (nous sommes dans un festival hippy, vous cacher la présence de cette dernière serait des plus hypocrites). La programmation musicale n’offre absolument aucun groupe connu et brille par son éclectisme puisqu’à notre grande surprise, le premier groupe que nous voyons jouer est un groupe de métal dont les membres font penser à ceux des Hell’s Angels. Une bonne cinquantaine d’années, les cheveux longs et grisonnants, un bide qui en a manifestement connu (et absorbé), chantant dans la moitié de leur chansons à la gloire d’aigles ou de faucons fendant l’air – métaphore de ces derniers au guidon de leurs bécanes j’imagine. J’en conclu que les hippies sont plutôt ouverts d’esprit quant à leurs choix musicaux. Cependant un fossé persiste entre eux et nous, nous cantonnant à une position d’observateur curieux d’une culture et d’un état d’esprit trop éloigné du notre. Les efforts déployés afin de pénétrer leur monde dont la principale caractéristique semble être l’insouciance – jusque dans l’épilation féminine manifestement – nous couterons une énergie inimaginable. Je ne me suis jamais senti aussi fatigué que pendant ce festival ce qui, convenons en, est un peu con pour profiter pleinement de l’événement. La chaleur étouffante qui nous serre les tempes, n’arrange rien et je ne retrouve un semblant d’énergie que lors de la « pool party » du samedi après midi. Le principe est très simple et très américain (pléonasme), une piscine, un dj, de la bière et tout le monde en maillot. Une fois la piscine fermée, la chaleur nous enveloppe à nouveau, rendant nos mouvements aussi lourds et coûteux en énergie que ceux du chevalier en armure.

La dernière soirée nous offre cependant un moment inoubliable. Le dernier groupe du festival, qui semble être un habitué des lieux, convie tous les festivaliers à escalader l’une des montagnes qui entourent la vallée afin d’aller y admirer en communauté le coucher de soleil. S’en suit une scène digne de l’exode des hébreux, une centaine de personne partant à l’assaut du mont Sinaï. Je crois même apercevoir un hippy vêtu d’une toge et s’aidant d’un bâton, figeant à jamais dans mon esprit le caractère biblique de cette ascension. Tout ce beau monde se retrouve au sommet, au bord du vide. Je crains qu’un gourou halluciné se mette à appeler au suicide collectif. Cent personnes sautant dans le vide au coucher de soleil, ça aurait en effet une sacrée gueule. La vue est inoubliable, aucune trace de civilisation à l’horizon, seule la nature verdoyante et majestueuse s’offre à nous, teintée du rouge vif du soleil couchant. Un hélicoptère passe, seule intrusion mécanique dans ce trip écologique et organique. La foule hurle et le salut, offrant une image étonnante aux membres de l’équipage. « SPACE CAKE ! ». Ils sont quand même sympas ces hippies…

Il va maintenant falloir se purifier et récupérer des forces tant ces trois jours nous ont vidés. Rien de mieux alors qu’une retraite ponctuée de randonnées autour du site le plus célèbre de la culture aborigène, l’Uluru.

L’Uluru (ou Ayers Rock), c’est un peu comme la Muraille de Chine, une image inscrite dans l’inconscient collectif, presque un mythe. Alors forcément quand on se retrouve devant, on est un peu impressionné. L’aventure commence plutôt mal puisque qu’à 50 kilomètre du site notre pneu arrière droit décide de nous lâcher. La barre qui sert à libérer la roue de secours et que nous trimbalons depuis le début à bien évidemment disparu alors que son utilité jusqu’à maintenant inconnue nous est enfin révélée. Après une heure de recherches nous finissons par tomber sur un chauffeur de bus qui possède la même. Cette roue est la première qu’Arthur et moi changeons de notre vie. Avec l’Uluru en arrière plan, on peut considérer que ce dépucelage a une certaine allure; celui-ci au moins…

L’Uluru est sacré pour les aborigènes, aussi certains emplacements rattachés à des rites importants de leur culture ne sont pas autorisés à être photographiés. Il est également interdit de ramener une pierre de son escale. Certaine personnes, parait-il, renvoient par la poste la pierre emportée lors de leur visite avec un mot d’excuse. Ils assurent que depuis leur larcin, leur vie n’est qu’un tourbillon infini de malheur. Afin de ne pas se retrouver dans la peau des aventuriers des « 7 boules de cristal » et de voir une momie aborigène nous poursuivre par delà les frontières, nous décidons de respecter leur volonté. L’ascension du rocher est également vivement déconseillée, même si de nombreuses personnes s’y risquent encore. A la vue du dénivelé et de la chaleur nous ne risqueront pas une escalade qui peut à l’occasion s’avérer mortelle, nous contentant d’un simple tour de l’Ayers Rock (3h30 de marche tout de même). Le clou du spectacle étant le couché de soleil qui imprime sur le rocher un magnifique dégradé de rose.
L’Ayers Rock n’est pas la seule merveille de la région. A cinquante kilomètres se trouvent les moins connues « Olga Mountains », impressionnantes roches arrondies s’élevant dans le ciel à la manière de la tour de Pise, de biais. S’emmêlant les unes aux autres, elles révèlent lors des différentes randonnées praticables d’impressionnant canyons. De véritables coupe-gorges, certainement le théâtre d’importantes batailles dans l’ancien temps, d’après Arthur, entre aborigènes et colons. En parlant de canyons, si vous passez dans le coin – on ne sait jamais – ne loupez pas les majestueux « Kings Canyons », curiosités archéologiques travaillés par des millions d’années d’érosion (on révise pour l’occasion nos cours de biologie) et manifestement un terrain de chasse privilégié des dingos. Une meute s’est en effet manifestée en hurlant, telle une meute de loups, alors que nous étions presque au bout de notre marche. Bien que la télévision nous ait appris qu’en poussant un beat bien senti nous pouvions nous en sortir, nous n’avons pas jugé utile de nous attarder.

Afin de vivre au plus près l’expérience désertique, nous tentons une petite folie, emprunter avec un couple de français rencontré au canyon une piste de 4×4 nous offrant un raccourcis de 200 km par rapport aux routes goudronnées. Nous voilà donc à suivre leur 4×4 avec la Trashmobile qui tremble plus que le bras droit de Mohammed Ali malgré une vitesse de croisière maintenue à 30 km/h de moyenne. Alors que l’on se dit que c’est un peu chaud, la radio et une bouche d’aération s’étant déjà cassé la gueule, le point de non-retour est dépassé. C’est à ce moment précis que l’autre voiture crève, plongeant leur propriétaire dans une angoisse totale pour les 60 km restant. S’ils crèvent à nouveau, ce serait extrêmement problématique, aucune voiture ne passant dans le coin et nos portables ne captant bien sûr aucun réseau. C’est peu vous dire que nous sommes drôlement fiers de la Trashmobile qui s’en sort admirablement. Le coucher de soleil s’en retrouve magnifié, au travers des particules de sables en lévitation, soulevées au passage de notre convoi. Les couchers de soleils dans le désert ont quelque chose d’unique. Rien n’obstrue notre vue, nous laissant admirer l’explosive rencontre entre le jour et la nuit, dont la déflagration répand sur le ciel une multitude de dégradés rouges, violets et bleus lesquelles se trouvent renforcés par le rouge tapis du sable désertique.

Alice Springs nous offrira la dernière curiosité de ce fascinant décor puisqu’une pluie battante s’y est abattue lors de notre passage – oui, il peut pleuvoir dans le désert, et plutôt violemment ! Il nous reste dorénavant 1500 km avant d’atteindre Darwin (soit la moitié du trajet) et alors que nous passons le tropique du capricorne le décor change peu à peu, gagnant en verdure et en humidité, nous préparant au climat tropical du nord de l’Australie, ses forêts, ses cascades et…ses crocodiles !

Mais tout ça, c’est pour le prochain article !

 

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